Nina Mujinga - Fondatrice de la marque Mujinga (Interview provenant du webmagazine Valeur Féminine)

Nina Mujinga est une jeune entrepreneuse de 27 ans. Elle a lancé son e-shop en mai 2020 après le premier confinement ! Elle commercialise une ligne de vêtements axée sur le T-shirt et le sweat. C’est lors de ses études en marketing qu’elle découvre et développe son goût pour l’entrepreneuriat. Après une première expérience professionnelle à Lisbonne, en tant que conseillère clientèle, elle revient en Belgique en 2017 et y travaille pour plusieurs grandes sociétés. En septembre 2018, elle décide de poursuivre son rêve et suit une formation d’e-commerce en entrepreneuriat, un secteur en plein essor, particulièrement en cette période.

 

VF : Ton nom de famille est aussi le nom de ta marque. Y a-t-il une signification singulière derrière celui-ci ?

 

Nina Mujinga : Oui, en effet, Mujinga signifie, entre autres, “ la préférée ” et c’est cette signification que j’ai choisie pour ma marque (rires). De plus, j’ai toujours souhaité vendre des T-shirts, car c’est ma pièce de vêtement favorite. Je peux en porter du 1er au 31 !

 

VF : Qu’est-ce qui t’a poussé à lancer ta propre ligne de vêtements ?

 

Nina Mujinga : Pendant mon adolescence, j’aimais regarder des émissions sur la mode. Je me rappelle avoir suivi l’histoire de la petite robe noire et du bikini. Un jour, je suis tombée sur celle du T-shirt. On expliquait sa popularité, la manière de décliner cette pièce incontournable, etc. A ce moment-là, j’ai compris que ce produit est et restera intemporel et que son marché ne sera jamais en baisse ! Pendant mes études, j’avais gardé le projet de sortir une ligne de T-shirts. Pour me différencier, je voulais proposer des collections thématiques, inspirées des années 90’ ou des signes astrologiques, par exemple. J’ai développé cette idée au cours de ma formation en e-commerce en entrepreneuriat. J’ai tout construit de A à Z, de la conceptualisation du produit, en passant par la création du logo, jusqu’à la présentation de prototypes à mes professeurs.

 
Je me décrirais plutôt comme une amoureuse de la mode avec une faiblesse pour le confort et le mariage de tissus de qualité !
 

VF : As-tu toujours rêvé de devenir entrepreneuse ?

 

Nina Mujinga : Je savais que je ne travaillerais pas toute ma vie pour les autres, et que je le ferais avant tout pour acquérir de l’expérience professionnelle. J’aurais voulu développer mes compétences au sein d’une équipe marketing, mais on ne m’a pas laissé ma chance, sous prétexte qu’au sortir de mes études il me manquait de la pratique ! Je reconnais aussi que je n’ai pas trop insisté. Je ne me considère pas comme une mordue de mode. Mais, depuis mon adolescence, j’ai toujours souhaité évoluer dans ce monde. J’aime avant tout être à l’aise dans mes vêtements. Mon entourage sollicitait parfois mon conseil en matière vestimentaire, ce qui me faisait énormément plaisir ! Je me décrirais plutôt comme une amoureuse de la mode avec une faiblesse pour le confort et le mariage de tissus de qualité ! Quand une tenue est inconfortable, je l’enlève ! C’est pour cela que le T-shirt est ma pièce préférée, car je m’y sens bien et libre. Je suis aussi issue d’une famille de couturiers. C’est le métier de ma mère. Mon arrière-grand-père était tailleur. Et j'ai appris qu'un cousin à moi, qui vit aux États-Unis, a aussi lancé sa ligne de vêtements. Donc je tiens cela d’eux (rires) !

 

VF : Quelles ont été les étapes nécessaires au lancement de ton entreprise ?

 

Nina Mujinga : J’ai commencé par constituer un dossier marketing reprenant toute ma stratégie et mon étude de marché, car c’est la base (notamment connaître ses concurrents, bien définir son idée et son offre). En ce qui concerne la mise en pratique du projet, j’ai dû d’abord chercher des fournisseurs. Cela a été éprouvant, étant donné que j’ai cherché longtemps avant d’en trouver qui répondaient à mes besoins. Il a fallu que je m'accroche. En février, c'était le désastre et j’ai failli abandonner. J’ai fini par dénicher le bon fournisseur. Je suis ensuite passée au calcul de mes prix. J’ai dû aussi me pencher sur la gestion des stocks nécessaires en fonction des différentes tailles. Pour tester mon projet, j’ai commencé par utiliser le système de précommande. J’ai eu recours à une plateforme qui permet de présenter ses produits pendant un mois, et grâce à laquelle je ne devais m’occuper que de la communication autour de ceux-ci. Malheureusement, ce système n’a pas fonctionné pour moi, mais j’ai quand même appris de mes erreurs et j’ai pu mieux cerner le stock dont j’avais besoin, et quels étaient les produits phares de ma ligne. Ensuite, il fallait vendre et là, c’est la communication, la consistance et la régularité qu’il m’a fallu déployer. Les algorithmes sur les réseaux sociaux font qu’on est vite oublié si l’on ne poste pas du contenu pendant une semaine, et l’on se retrouve en bas de liste ! Par moment, ce n’est pas facile, car il faut constamment animer son audience, alors que j’ai parfois envie de faire une pause et ne pas être en permanence sur mon téléphone.

 

VF : Les afrodescendants constituent ta cible principale et représentent un marché de niche. Comment répondent-ils à ton offre ?

 

Nina Mujinga : Au départ, ma marque s’adressait à un public plus large que celui des afrodescendants. En développant Mujinga, j’ai voulu mettre en avant la culture africaine. Je fais des clins d'œil au continent, en utilisant, par exemple, le bogolan qui est un tissu africain, contrairement aux wax qui est hollandais. À la base, j’avais donc créé des collections auxquelles les gens pouvaient s’identifier, certains plus que d’autres. J’ai commencé par sortir une collection reprenant des citations visant un public plus large, mais cela a été un flop et je l’ai vite supprimée. C’est une erreur à ne pas faire en marketing. Il vaut mieux avoir une cible précise. J’ai alors revu mon idée. Étant moi-même afrodescendante, j’ai davantage ciblé ce groupe en proposant quelque chose qui peut nous permettre de ne pas oublier d’où nous venons. Ayant grandi en Belgique, mes parents ne m’ont pas apprise ma culture d’origine. J’ai dû faire la démarche par moi-même. Aujourd’hui, c’est vrai que la majorité de ma clientèle est africaine, mais il y a aussi d'autres personnes qui achètent mes produits. J’entends parfois certains se plaindre en disant : “Je ne peux pas porter le T-shirt Africa ou le Kwetu, puisque je ne suis pas africain ”! Je leur réponds que cela dépend d’eux et qu’ils sont libres de mettre mes T-shirts s’ils le désirent. Je ne me vois pas représentée dans les publicités de certaines grandes marques, mais cela ne m’empêche pas d’acheter leurs produits. Ma démarche est d’expliquer qu’il ne faut pas être fermé sous prétexte de ne pas être directement visé. N’importe qui peut porter mes T-shirts et partager à son entourage leur signification.

 
 

VF : On entend souvent des starters se plaindre après le lancement de leur business en disant que leurs prévisions financières ne collent pas à la réalité du terrain. Comment cela s’est-il passé pour toi ?

 

Nina Mujinga : Mon plan financier ne correspondait pas à la réalité. Cela demeure des prévisions qui reposent sur des hypothèses. J’avais prévu de trouver un emploi avant de lancer mon e-shop, mais ça n’a pas été le cas. J’ai démarré sans avoir les fonds nécessaires. Je me disais que j’avancerais avec les moyens du bord. J’ai d’abord commercialisé mes produits sur Instagram, et cela m’a permis de faire quelques ventes. Par la suite, j’ai été embauchée dans une entreprise en tant que conseillère clientèle. Je n’avais dès lors plus le temps de me consacrer entièrement à mon e-shop. J’ai alors automatisé une partie de mon activité. J’ai élargi ma zone de chalandise, car je ne me limitais qu’à la France et à la Belgique. Actuellement, ma marque est également présente sur le marketplace Nfam. Donc, en effet, je n’ai pas vraiment suivi mon plan financier à la lettre, j’ai avancé au fur et à mesure. Toutes les entrées et les sorties d’argent n’étaient pas ce que j’avais estimé, la communication étant le plus gros poste de dépense pour cette première année de lancement. J’ai néanmoins réussi à faire tourner la boutique. J’ai créé mon site toute seule, car je savais ce qu’il fallait faire et ne pas faire grâce à mes notions en webdesign et au blog que je tenais auparavant. J’ai aussi fini par trouver un prestataire qui fait du drop shipping. Cela me permet aujourd’hui de livrer mes produits partout dans le monde.

Au fil des années, j’ai construit un mental qui m’a aidé à faire face à la difficulté de l'entrepreneuriat.
 

VF : Comment gères-tu l’équilibre vie professionnelle et vie privée ?

 

Nina Mujinga : En général, quand je suis avec mon entourage, j’évite de parler de mon activité, car elle occupe déjà une grande partie de mon temps ! Souvent, ce sont mes amis qui m’abordent là-dessus. Je veille aussi à faire des pauses, notamment les week-ends, quand c’est possible. Dans la vie de tous les jours, je ne parle pas trop de Mujinga. Quand je sors, par exemple, je n’ai pas forcément envie de parler boulot, même si je reconnais que c’est une erreur, car ça peut me fait rater des ventes ou de la visibilité !

 
 
 

VF : Quels conseils donnerais-tu aux femmes qui souhaitent aussi lancer un e-shop ?

 

Nina Mujinga : Je dirais qu’il faut le faire, sans pour autant se précipiter. Prendre le temps de réfléchir et avoir les épaules solides est essentiel. En ce qui me concerne, Mujingashop est la concrétisation d’un projet que j’avais depuis le début de ma vingtaine. À cette époque, je n’étais pas prête comme je le suis aujourd’hui. J’étais très jeune et j’étais assez sensible aux critiques. Au fil des années, j’ai construit un mental qui m’a aidé à faire face à la difficulté de l'entrepreneuriat. J’ai grandi en maturité et même quand je passe par des moments durs, je trouve la force de dépasser les obstacles.

 

VF: Comment as-tu vécu le premier confinement en tant qu’entrepreneuse ?

 

Nina Mujinga : Au mois de mars, j’ai dû décaler tout mon programme et faire preuve de beaucoup de créativité pour réajuster mon business. Je n’avais rien ! Le lockdown a provoqué l’arrêt de la production de ma ligne de vêtements ! Je ne présentais donc que des prototypes. J’en ai profité pour continuer à me former. J’ai refait mon calendrier marketing. J’ai retravaillé mon offre, car je voyais déjà les tendances à venir. J’ai dû animer mes réseaux sociaux en participant notamment à des challenges, etc.

 
 
 

VF : Quel mot représente aujourd’hui ton état d’esprit ?

 

Nina Mujinga : Assurément, c'est le mot "observation". Je suis constamment en observation et en analyse. C’est ma manière de fonctionner. Je pense toujours plus loin, car je ne peux pas me permettre d’improviser. Pour le moment, je suis seule aux commandes de mon entreprise. Je dois donc beaucoup anticiper mon flux de travail.

 

VF : Quelles sont tes perspectives à long terme pour ta marque ?

Comment aimerais-tu la faire évoluer ?

Nina Mujinga : Je souhaite qu’on se rappelle que Mujinga est d’abord un e-shop. À long terme, j’aimerais faire des collaborations avec des personnes issues de la diaspora. Je veux mettre en avant notre créativité. Actuellement, je travaille avec un artiste liégeois. Cela s’inscrit dans une volonté de présenter des collections limitées qui reflètent l’exclusivité. Je souhaite aussi développer mon offre en proposant d’autres pièces de vêtements que les T-shirts et les sweats. Mon rêve ultime est d’ouvrir ma première boutique physique à Kinshasa. Ce serait une fierté en tant que jeune femme issue de la diaspora de pouvoir créer quelque chose au sein de mon pays d’origine, car je n’ai pas eu la chance de grandir là-bas.

 

Interview réalisée par Valeur Féminine Webmagazine

 
 

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Cette offre est valable du 30 Nov 2020 au 31 Déc 2020.

ARTICLE VALEUR FÉMININE: https://www.valeur-feminine.be/post/nina-mujinga-fondatrice-de-la-marque-mujinga

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