Eddy "Duls" Dula: Le créateur de plaisir visuel

Interview exclusive du Magazine HEED UP

Peintre et graphiste de formation. Il a toujours été attiré par l’illustration car elle permet de retranscrire selon la vision du dessinateur une vérité qui est totalement sienne. Mais plus particulièrement les portraits. Identité même d’une personne au-delà de son nom et de son caractère.

Pourquoi avoir choisi l'art visuel ?

Via l’art, comme avec l’humour, tu peux faire passer certains messages sans pour autant être très engagé ou avoir des poursuites. Tout comme la danse peut faire passer des émotions, moi j’ai choisi ce canal. Si je veux que ce soit élaboré j’utilise la vidéo avec tout un travail de musique, lumière, danseurs etc. mais si je veux quelque chose de plus basique alors je me contente du dessin. Pour le graphisme, on ne va pas se mentir, c’est ce qui me permet de vivre. J’ai acquis une expérience que je peux monnayer et continuer à me faire plaisir sur le côté avec des projets plus personnels quand j’ai le temps.

Au niveau de la société et plus particulièrement la communauté africaine, comment est-ce que tes études ont été perçues ?

"Remets tes plans entre les mains de Dieu et il se charge du reste". Les études que j'ai suivi, je peux être peintre-graphiste, photographe-graphiste ou autre. Il faut juste avoir la base pour au final réaliser quelque chose qui ME ressemble. Je savais déjà illustrer mais à l'école, j'ai vraiment appris à codifier ce que je faisais et c’est quelque chose qui m'a aidé dans la vie. J'ai commencé à prester des services autour de moi car il y a toujours quelqu’un à gauche ou à droite qui est dans le commerce mais qui a besoin d’une image plus pro. Et donc il y a cette tantine qui a fait appel à moi et le bouche à oreille a suivi son cours. Un jour on m’a dit « toi t’es le graphiste des blédards » on en rigole mais au final je suis content de ça parce que j’apporte un plus à la communauté et c’est la communauté qui m’a élevé.

 

On peut dire que tu as commencé avec le soutien de la communauté n'est-ce pas ?

Un de mes premiers logo c’était pour une tantine qui voulait ouvrir un commerce à Goma, donc même pas en Belgique. Sa fille lui a parlé de moi et d’un coup mon travail est passé d’un public de ma génération à la génération de nos parents. Sa fille continuait de parler de moi à ses ami.e.s et de son côté sa mère a fait de même et c’est comme ça que ça a pris. Habituellement on m’appelle Eddy mais dans le monde du travail c’est toujours « Édouard » et j’ai déjà reçu des appels formels de personnes que je connais « Oui bonjour Édouard, je vous contacte dans le but de... » avant qu’elles se rendent compte que c’était « Eddy » au bout du fil (rire) c’est ça la communauté, le bouche à oreille.

 

Dans le futur, est-ce que tu penses pouvoir vivre entièrement de tes formes d’art ?

C’est le but, c’est pas facile mais y’a moyen ! Malheureusement la Covid-19 a un peu cassé le plan d’action mais c’est juste postposé. Je compte lancer ma société pour avoir quelque chose de déclaré au niveau des vidéos, j’aimerais aussi monter une petite boite avec des collaborateurs et vu le travail de qualité qu’on fournit, je sais que ça va prendre. Je suis un perfectionniste donc je vois directement ce qui est bien ou pas, mais je fournis toujours de la qualité. Rien qu’après le dernier clip que j’ai fait, j'ai reçu 2 appels pour une nouvelle collaboration, quand j’ai dit mes prix on m’a demandé de les baisser mais au point où j’en suis je ne peux plus me permettre de baisser mes prix. Je lui ai dit « accepte le prix ou malheureusement quelqu’un d’autre prendra ta place » et il a simplement répondu que vu la qualité de travail que je fournis, si ce n’est pas aujourd’hui quoi qu’il arrive on sera amené à travailler ensemble. J’essaie d’installer un climat professionnel et vu mon panel je peux faire la différence et jouer avec mes forces. Évidemment il faut aussi analyser le secteur et la demande et j’y réfléchis intelligemment pour savoir où placer mes pions. Pour le reste j’ai totalement confiance en l’avenir parce que si je me suis retrouvé dans ce milieu à plusieurs reprises c’est qu’il y a une raison.

 

Autant dans le milieu artistique qu’au sein de la communauté, il y a ce « on se connait fais moi un prix », comment est-ce que tu gères ça tout en vendant tes services ?

Les premières années t’es un peu obligé parce que comme on dit « les bons comptes font les bons amis » mais quand tu en es à ta 2ème ou 3ème années d’entreprise tu peux plus te permettre les rabais. À ce stade ci, si une personne vient vers toi, c’est plus tant parce que c’est la famille ou l’ami d’un ami, c’est parce que ton travail lui plaît. Si vraiment tu viens dans une optique de faire valoir la famille alors il faut aller jusqu’au fond des choses et ne pas demander à baisser les prix sinon on n'évolue pas. Je peux descendre un prix pour un membre de la famille si ça vient de moi, mais si on vient à moi c’est non! Tu dois toi-même te donner de la valeur. Tu ne vas pas aller chez Zara et leur demander un rabais sous prétexte que tu es leur meilleur client (rire) ça n’a pas de sens. Bien sûr on reste humain et je sais qui me soutenait à mes débuts, mais je garde aussi en tête que si je fais h24 des concessions je n’atteindrai pas mon but.

Pour conclure, peux-tu donner des conseils ?

N’aies pas peur, il faut oser dans la vie ! Comme on dit « aide toi et le Ciel t’aidera », si tu sens que tu es fait pour quelque chose mets le en prière, et si ce n’est pas ta destinée Dieu te redirigera. Je me suis fixé un objectif clair à atteindre avant mes 30 ans, donc jusqu’à mes 30 ans j’ai le droit d’échouer.

 

2 commentaires

N

Très bel interview. J’aime beaucoup le logo de la collection LUMUMBA.
Je souhaite à cet artiste d’atteindre ses objectifs professionnels car il le mérite au vue de son talent.

N

Très bel interview.
Je souhaite à cet artiste un bel avenir et d’atteindre ses objectifs professionnel au vue de son grand talent.

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